Retours d'expérience
8 témoignages d'étudiants marocains
- 1MOHAMED – L’EQUILIBRE ENTRE PERSEVERANCE ET DEBROUILLE
- 2YASSMINE – TROUVER SA PLACE SANS PERDRE SES REPERES
- 3HAMZA – ÊTRE SON PROPRE MOTEUR
- 4HASSAN – TROUVER SES MARQUES, GARDER SES FORCES
- 5SAID – TRAVERSER LES CREUX, TROUVER SON RYTHME
- 6YOUSSEF – NAVIGUER ENTRE LES FRONTIERES ET LES ADMINISTRATIONS
- 7 MOHAMMED AMINE – LA REUSSITE ET LE DILEMME DE RESTER
- 8ABDELAKRIM (KIMO) – LA FORCE DU RESEAU POUR UNE ARRIVEE REUSSIE
14 RETOUR D’EXPERIENCE Après toutes les informations essentielles partagées dans ce guide pour t’aider à réussir ton parcours en France, il reste une vérité fondamentale : la vie est pleine de surprises – bonnes comme mauvaises. Et parfois, les situations auxquelles on fait face n’ont pas de réponses toutes faites dans un guide, aussi complet soit-il. C’est pourquoi rien ne vaut les témoignages réels, vécus et racontés par celles et ceux qui sont passés par là avant toi. Parce que chaque parcours est unique, chaque personne affronte ses propres obstacles, découvre ses propres opportunités et invente ses propres solutions. Certains auront dû se battre pour un logement, d’autres pour un stage, d’autres encore contre la solitude ou l’administratif… et chacun a sa manière de voir les choses, de rebondir, et de saisir les chances. Pour moi, c’est le chapitre le plus humain, le plus authentique – et sûrement le plus précieux. Je te laisse maintenant découvrir ces récits, dans lesquels tu te reconnaîtras peut-être, et qui, je l’espère, t’inspireront autant qu’ils m’ont touché.
MOHAMED – L’EQUILIBRE ENTRE PERSEVERANCE ET DEBROUILLE
Je m’appelle Mohamed, j’ai 25 ans et je vis à Dunkerque. Je suis arrivé en France avec un visa étudiant, que j’ai ensuite transformé en titre de séjour. J’ai étudié à l’ISCID-CO dans un cursus en achats, jusqu’à
obtenir mon Bac+5.
Pour le logement, ça n’a pas été simple. J’ai passé pas mal de temps à chercher sur Le Bon Coin, sans succès. Finalement, j’ai trouvé une annonce via une agence immobilière, et c’est aussi grâce à mon réseau que j’ai pu m’installer. Comme quoi, les bons contacts peuvent vraiment faire la différence. Côté stages et alternance, j’ai réussi à trouver un stage, puis une alternance, via Indeed et LinkedIn. Par contre, je n’ai pas fait de job étudiant pendant mes études. Au début, j’ai essayé de m’intégrer socialement : j’ai rejoint une association, mais j’ai vite décroché. Je ne m’entendais pas trop avec les autres bénévoles, sûrement à cause de certaines différences culturelles. Avec le temps, on comprend ces différences, on apprend à faire avec, et on grandit avec ça. Je n’ai pas fait d’échange à l’étranger, mais j’ai bien connu les galères administratives. Il y a énormément de démarches en arrivant : il faut quelqu’un pour t’aiguiller, sinon tu oublies des étapes importantes. J’ai
aussi galéré à trouver des rendez-vous médicaux, et la préfecture… c’est un autre niveau, avec des délais interminables. Ce qui m’a aidé à tenir, ce sont les conseils des gens autour de moi, le soutien des proches, et surtout la persévérance. Aujourd’hui, je suis en emploi, et je regarde tout ce parcours avec du recul.
YASSMINE – TROUVER SA PLACE SANS PERDRE SES REPERES
Je m’appelle Yassmine, j’ai 22 ans et je vis à Montpellier. Je suis arrivée en France avec un visa type C, uniquement pour passer un concours d’entrée. Après avoir fait mes classes préparatoires au Maroc, j’ai intégré une école de commerce en programme grande école, avec l’objectif d’obtenir un Master. Côté logement, j’ai d’abord trouvé une colocation dans une résidence étudiante via des recherches sur internet. En arrivant en France, j’ai découvert le CROUS, et après quatre mois, j’ai pu y déménager. Ce fut clairement une meilleure solution, notamment au niveau du budget et de la stabilité. Pour valider ma première année, j’ai fait un stage de 4 mois que j’ai trouvé grâce à un job dating
organisé par mon école. Ensuite, j’ai décroché une alternance via le site JobTeaser de mon école. En
parallèle, j’avais aussi postulé sur le site d’une entreprise qui m’a également acceptée, donc j’ai eu plusieurs opportunités. Je n’ai jamais fait de job étudiant. J’avais pensé au début rejoindre une association, mais ce n’était pas ce que je recherchais. Je n’ai pas eu de mal à m’intégrer à l’école, les gens sont ouverts d’esprit, mais je ressens malgré tout un décalage culturel fort. Notre manière de penser est différente, et tu sens que tu es souvent catégorisé comme l’étudiante étrangère qui vient d’un pays sous-développé. C’est parfois pesant, même si ce n’est pas toujours malveillant. Je n’ai pas choisi de faire un échange international dans mon parcours. Côté difficultés, je n’ai heureusement jamais été victime de racisme, mais j’en ai vu autour de moi. Je n’ai pas eu de souci financier, et la préfecture de Montpellier a été très correcte — j’ai eu mes papiers en 2 à 3 mois. Ce qui m’a le plus marquée, c’est l’éloignement familial, le passage soudain de la dépendance à l’indépendance. Il faut tout gérer : logement, assurance, papiers, impôts… seule. C’est dur, surtout au début, de ne pas avoir de repères. Ce qui m’a aidée à tenir, c’est une pensée simple mais puissante : “Si je ne fais pas les choses moi- même, personne ne le fera à ma place.” Ça m’a poussée à prendre mes responsabilités et à m’adapter. Aujourd’hui, je suis fière du chemin parcouru, de mon autonomie, et de ce que je suis devenue.
Actuellement, je suis encore en alternance et tout se passe très bien. Mon conseil à toi, étudiant marocain qui t’apprêtes à venir en France : N’oublie jamais ton objectif principal : obtenir ton diplôme. Ne te perds pas dans les soirées et les distractions. Apprends à équilibrer tes études, ta vie sociale et tes loisirs. Entoure-toi des bonnes personnes, pas juste parce qu’elles sont marocaines, mais parce qu’elles partagent tes valeurs. La solidarité ne doit pas être aveugle. Apprends à faire tes choix avec recul. C’est comme ça que tu avanceras sereinement.
HAMZA – ÊTRE SON PROPRE MOTEUR
Je m’appelle Hamza, j’ai 25 ans et je vis actuellement à Asnières-sur-Seine. Je suis venu en France avec un visa concours, que j’ai transformé en titre de séjour étudiant après avoir intégré une école de commerce en master, à la suite de mes années de prépa CPGE. En 5 ans, j’ai connu quatre logements différents : trois trouvés sur Leboncoin, et un autre sur Seloger. La stabilité prend du temps, surtout quand on doit gérer seul l’administratif, les visites, les garanties… Côté professionnel, j’ai fait trois alternances. J’ai postulé partout et par tous les canaux : sites d’école, plateformes comme LinkedIn, envois spontanés… jusqu’à enfin décrocher des entretiens. En parallèle, j’ai aussi enchaîné les jobs étudiants, surtout à Paris. J’ai travaillé dans la vente, le marketing, la préparation de commandes. Franchement, la préparation de commandes avait une bonne ambiance. La vente, en revanche, c’est formateur, mais pénible et lassant. J’ai aussi bossé dans la livraison B2B et B2C avec Driiveme Partner partout en France. Ce taf m’a bien rémunéré et m’a beaucoup appris. Côté intégration, je n’ai pas vraiment rejoint d’association. J’avais tenté d’intégrer le "Bureau de l’Extrême", mais j’ai compris très vite que je n’étais pas là pour boire des bières à vitesse record pour m’intégrer… Disons que la culture d'intégration ne me correspondait pas toujours. Je n’ai pas eu d’expérience à l’étranger autre que la France elle-même. Mais ça m’a suffi pour me confronter à la réalité. J’ai eu des passages compliqués : santé mentale, isolement, stress, météo déprimante. Quand tu touches le fond, tu te rends compte que tu dois bouger pour changer les choses, parce que personne ne le fera pour toi. Ce qui m’a sorti de là, c’est un mélange d’actions concrètes et d’ancrage : les jobs étudiants, les alternances pour survivre financièrement, mais aussi le sport pour me canaliser, et surtout, la bonne compagnie. Quelques bons amis suffisent à rééquilibrer ton mental.
Aujourd’hui, je suis dans les trois derniers mois de mon alternance, et je suis en pleine recherche de CDI. Mon message aux futurs étudiants marocains : Khouya, khti, tu vas forcément devoir affronter des galères. C’est comme ça que tu sauras qui tu es et ce que tu vaux pour les autres. Alors autant les affronter maintenant. Arme-toi de savoir, oui, mais aussi de vraies compétences. Ici, tu dois être ton propre comptable, cuisinier, visionnaire… et un bon vivant. Personne ne viendra te sauver si tu ne sais pas compter sur toi. Ce moment viendra, ici ou au Maroc. Alors autant foncer vers l’inconnu… mais avec un vrai plan de vie.
HASSAN – TROUVER SES MARQUES, GARDER SES FORCES
Salut, moi c’est Hassan, j’ai 26 ans et je vis à Créteil en ce moment. Je suis marocain, je suis arrivé en France avec un visa étudiant VLSTS. J’ai fait mes études en supply chain management, à l’ESCA puis à l’IPAG, niveau Bac+5. Pour le logement, j’ai eu la chance de tomber sur Résidétape, franchement un super bon plan quand tu débarques. C’est calme, propre, le logement est bien pensé et super pratique pour la vie étudiante ou quand tu commences à bosser. Le cadre est sécurisé et l’équipe est toujours là quand tu as besoin. Après, il faut savoir que le dossier met du temps à être validé, du coup c’est pas facile de choper une place direct, mais si tu y arrives, c’est vraiment top. J’ai bossé en alternance dans la supply chain, côté approvisionnement fruits et légumes. C’était intense, parfois chaud, mais j’ai vraiment appris plein de trucs. Ce boulot demande d’être hyper rigoureux, dispo et rapide, surtout pour gérer les fournisseurs et la logistique. Le truc dur, c’était les horaires de dingue : fallait être là à 6h du matin. Et comme je n’avais pas de voiture, j’ai dû me lever super tôt et prendre le bus de nuit pour venir bosser depuis Créteil. Franchement, ça m’a bien fatigué sur la durée. Pour financer mes études, j’ai utilisé Studentpop et Driveme, deux applis qui te filent des missions d’intérim. C’est pratique, mais ça fatigue quand même. Moi je dis aux nouveaux arrivants, faut être solide mentalement pour ça, ou alors lance un petit projet perso pour t’en sortir. Et surtout, pense à te déclarer auto-entrepreneur vite fait, ça simplifie tout. Pour ce qui est de l’intégration, ça dépend vraiment de toi et des gens autour. Moi j’ai pas eu de souci, surtout grâce à mon entourage et parce que j’ai su m’adapter sans me faire oublier. Par contre, faut faire gaffe à qui tu côtoies, tout le monde n’est pas fait pour toi. J’ai eu mes moments de doute, de fatigue, c’est normal quand tu quittes ta famille et ta zone de confort. Mais côté racisme, ça n’a jamais été un vrai problème pour moi. Mon conseil, c’est de ne pas trop y penser.
Le racisme, ça existe partout, surtout quand t’es étranger, mais tant que ça te bloque pas dans ta vie ou ton taf, laisse tomber. Un truc hyper important selon moi, c’est l’argent. Dès que t’es loin de chez toi, oublie l’idée que ta famille peut toujours te sauver. Trouve-toi vite un moyen de gagner ta vie, sinon c’est compliqué. Je remercie vraiment Créteil et un gars, M. Chirawi, qui m’ont beaucoup aidé. Ce séjour m’a permis de me stabiliser, de faire de belles rencontres, et de comprendre comment gérer les démarches. Pour moi, c’est super important d’avoir un logement stable et un bon entourage pour bien commencer sa vie ici. Aujourd’hui, je termine ma deuxième année en France, je serai diplômé et je finis mon alternance dans trois mois. Je cherche déjà des opportunités, parce que j’aimerais faire un deuxième Master en Transport pour aller plus loin dans la supply chain. Trouver une alternance maintenant, c’est pas évident, surtout quand tu deviens un peu plus exigeant, mais je reste motivé et ouvert aux opportunités. Mon conseil pour un étudiant marocain qui débarque ? Prends soin de ta tête et fais gaffe à qui tu fréquentes. Suis bien les règles, sois autonome, rigoureux et persévérant — ça paye toujours. Et surtout, garde en tête pourquoi t’es parti de chez toi, ça te donnera la force quand ça sera dur.
SAID – TRAVERSER LES CREUX, TROUVER SON RYTHME
Je m’appelle Said, j’ai 25 ans, et je vis actuellement à Paris. Je suis arrivé en France en tant que mineur scolarisé, après un bac scientifique obtenu en 2016 à Casablanca. Mon parcours a été assez sinueux, je ne vais pas mentir : entre absences, formations arrêtées, réorientations et années Covid, ça n’a pas toujours été simple. J’ai commencé par un BTS à Talence (que je n’ai pas validé), enchaîné avec un DUT à Angoulême, puis plusieurs formations dans le supérieur, jusqu’à mon MSc actuel en achats et supply chain à l’INSEEC Paris. Côté logement, j’ai eu une première expérience un peu particulière : durant mon BTS, j’ai vécu trois mois à l’internat du lycée où j’étais scolarisé. En échange d’un hébergement gratuit et de repas à la cantine, je devais assurer la surveillance des dortoirs… sauf que j’ai clairement pas été le pion le plus investi du système (rire). Heureusement, j’ai pu me poser à Bordeaux dès janvier 2018 grâce à une annonce trouvée via Logic-Immo. Niveau stages, j’en ai fait un — l’école nous mettait en lien avec des entreprises via leur réseau d’anciens. Mais pour ce qui est de l’alternance, j’ai toujours eu du mal à en décrocher une, malgré mes recherches. Pour arrondir mes fins de mois, j’ai bossé via des plateformes comme Student Pop, ce qui demande d’être auto-entrepreneur (et de déclarer son chiffre d’affaires à l’URSSAF, donc faut être carré sur l’administratif). L’ambiance était cool, mais c’est clairement pas de tout repos.
Mon intégration sociale a connu des hauts et des bas. J’ai jamais été dans une asso, et quand j’étais à Angoulême — en plein Covid — j’ai senti une vraie distance avec les autres étudiants. Beaucoup venaient de petites villes et avaient parfois des a priori sur les étrangers. Ça n’a pas été facile, et je ne garde pas un bon souvenir de cette période. Pas de rencontres marquantes non plus. Ce qui m’a le plus pesé, c’est l’isolement. J’ai connu des phases de solitude, d’anxiété, et même une période compliquée avec le cannabis. Heureusement, j’ai pu rebondir. Ce qui m’a aidé ? Le sport, de nouvelles personnes dans mon entourage, un cercle plus sain, plus motivant. Aujourd’hui, je suis en MSc, je termine ma première année et je cherche une alternance pour la suite. J’avance. Et si je devais donner un conseil à quelqu’un qui arrive ? Je dirais : fais très attention à tes fréquentations. Un mauvais entourage peut te tirer vers le bas, même sans que tu t’en rendes compte. Ensuite : inscris-toi à un sport. Ça t’aide à structurer tes journées, à vider ton esprit, et à rencontrer du monde. Enfin, et c’est crucial : ne néglige jamais l’administratif. Jamais.
YOUSSEF – NAVIGUER ENTRE LES FRONTIERES ET LES ADMINISTRATIONS
Je m’appelle Youssef Daayf, j’ai 25 ans, et mon parcours a été une véritable aventure européenne, entre Nancy, Berlin et Paris. Arrivé en France avec un visa concours après une classe préparatoire ECS, j'ai intégré l’ICN Business School puis l'INSEEC. Dès le début, j'ai été confronté aux réalités du terrain : j'ai trouvé mon premier studio depuis le Maroc via une agence immobilière, une expérience que je déconseille en raison des frais très élevés. Côté professionnel, j'ai eu la chance de faire deux stages, dont un au Luxembourg grâce au réseau de mon école, et une alternance, mais j'ai aussi connu le meilleur comme le pire des jobs étudiants, d'une ambiance conviviale comme serveur à Nancy à des conditions de travail très difficiles chez un membre de ma famille éloignée en Allemagne. Mon parcours m'a appris des leçons pratiques sur la mobilité, comme lors de mon stage au Luxembourg où, avec mon titre de séjour français, j'ai été obligé de résider dans la ville frontalière de Thionville pour pouvoir travailler. Mais mes plus grands combats ont été administratifs. J'ai fait l'erreur de ne pas finaliser mon inscription à la Sécurité Sociale dès mon arrivée. Le rappel à l'ordre a été brutal et douloureux : une luxation de l'épaule et des passages aux urgences que j'ai dû entièrement payer de ma poche. Ce n'est que lorsque mon contrat d'alternance l'a exigé que j'ai régularisé ma situation. Pire encore, j'ai passé près de deux ans en situation précaire, avec un visa expiré, à cause d'un imbroglio avec la préfecture de Meurthe-et-Moselle. Entre des documents jugés "illisibles" qui ont mené à la clôture de mon dossier et mon départ simultané pour un échange à Berlin, je me suis retrouvé en situation irrégulière en Allemagne, avec la menace de devoir tout recommencer depuis le Maroc. C'est une combinaison de persévérance, d'innombrables échanges avec les administrations, du soutien de mes amis et, il faut le dire, d'un peu de chance avec le contexte du COVID, qui m'a permis de débloquer la situation.
Mais cette expérience m'a coûté cher, y compris une amende pour renouvellement tardif qui a même suspendu temporairement mon alternance plus tard. Aujourd'hui, je suis en recherche de CDI, fort de toutes ces épreuves. Si j'ai un conseil à donner, c'est celui- ci : soyez confiant, même lorsque l'avenir semble incertain. Les obstacles sont réels, mais prendre chaque démarche administrative et de santé au sérieux dès le premier jour vous évitera un stress, des dépenses et des blocages que vous n'imaginez même pas.
MOHAMMED AMINE – LA REUSSITE ET LE DILEMME DE RESTER
Je m'appelle Mohammed Amine HABOUBI, j'ai 27 ans, et mon parcours en France est une histoire de contrastes. Après une classe prépa à Casablanca, je suis arrivé à Rennes en juillet 2018 avec un visa concours pour intégrer Rennes School of Business. Aujourd'hui, je suis en CDI depuis près de trois ans avec un statut "passeport talent", mais je suis face à un dilemme profond : est-ce que je dois partir ? La situation politique actuelle en France me terrifie. Mon arrivée a été un véritable choc. Je pensais trouver un logement facilement après un mois en Airbnb, mais la réalité m'a frappé de plein fouet. Sur une échelle de galère de 1 à 10, mon premier mois était à 11 : sans logement, tout en devant gérer le début de mon semestre. C'est dans ce chaos que j'ai connu le pire et le meilleur de la nature humaine : la surprise négative de rencontrer des gens qui prétendaient "tendre la main" pour mieux profiter de ma vulnérabilité, et la surprise positive de rencontrer cette jeune fille qui a illuminé mon parcours. Heureusement, mon école était un atout majeur. Grâce à un bureau spécial de la préfecture au sein même de l'établissement, le renouvellement de mon titre de séjour étudiant n'a jamais été compliqué, tout comme mon changement de statut plus tard. La clé, c'est d'avoir un dossier toujours complet. Socialement, mon point d'ancrage a été l'association de l'école qui fonctionnait comme une boîte d'intérim pour les étudiants. Nous étions un groupe très soudé, à 90% marocain, et le fait de travailler ensemble dans notre local nous a tous beaucoup aidés. Pourtant, il y a des choses que j'ai découvertes bien trop tard, comme les associations d'aide financière aux étudiants, et surtout la mutuelle CMU (aujourd'hui CSS) dont je n'ai jamais profité et qui aurait pu couvrir d'énormes dépenses de santé. Mon parcours a aussi été bousculé par le COVID, qui a annulé mon échange universitaire prévu à Pékin. Il a fallu persévérer, finir mon semestre à Rennes et pivoter vers une année de césure en pleine pandémie. Ce qui m'a permis de tenir, à travers toutes ces épreuves, c'est le soutien infaillible de mon grand frère, de mes amis proches de Casablanca, et la volonté de ne jamais les décevoir. Aujourd'hui, malgré une situation professionnelle stable, ce questionnement sur l'avenir en France est bien réel. Mon conseil pour ceux qui arrivent est donc le suivant : investissez-vous, inscrivez-vous dans les assos, sortez, vivez votre vie pleinement, mais n'oubliez jamais l'objectif premier qui vous a fait venir jusqu'ici.
ABDELAKRIM (KIMO) – LA FORCE DU RESEAU POUR UNE ARRIVEE REUSSIE
Je m'appelle Abdelakrim, mais on m'appelle Kimo, et mon histoire est celle d'une première année réussie à Créteil, où je suis arrivé en octobre 2024 avec mon visa étudiant. Si je devais noter mon niveau de "galère" du premier mois, je mettrais un 2/10. Non pas parce que les démarches étaient simples, mais grâce à une chose qui a tout changé : mes amis. Je ne remercierai jamais assez mes potes. H, qui m'a aidé à survivre au labyrinthe de la plateforme Études en France pour le visa, un système peu intuitif avec des délais interminables. Et surtout Charchour, qui m'a hébergé dès mon arrivée et m'a accompagné physiquement pour tout faire : valider mon visa, m'inscrire à Ameli, ouvrir mon compte en banque... Sans eux, l'histoire aurait été complètement différente. Leur soutien m'a fait gagner un temps précieux et m'a évité d'innombrables galères. Malgré leur aide, j'ai tout de même fait face aux blocages classiques : impossible d'obtenir une carte SIM française pendant quatre jours car je n'avais pas encore de RIB à mon nom, un cercle vicieux qu'il faut vraiment anticiper. Ma plus grande surprise positive a été de découvrir la gentillesse et la solidarité de certains étudiants et même d'agents dans les administrations, loin du cliché froid et bureaucratique que j'imaginais. Pour la petite anecdote, j'ai vite appris que simplifier mon prénom en "Karim" facilitait énormément les échanges au quotidien. Côté vie de tous les jours, tout s'est bien passé pour moi... même si mes amis ont un avis différent sur mon sommeil, car apparemment je ronfle fort ! La leçon que je retiens de cette première année est claire, et c'est le conseil que je veux donner à tous ceux qui arrivent : préparez vos papiers méticuleusement à l'avance. Mais par-dessus tout, ne restez pas seuls. Cherchez des communautés d'étudiants, sur les réseaux ou dans la vraie vie, posez toutes vos questions sans hésiter, et soyez sociables. Se faire des amis et partager ses expériences, c'est le meilleur raccourci pour une intégration réussie.
